Les 7 arts ne forment pas une liste figée : pourquoi le cinéma reste le septième

Les 7 arts ne forment pas une liste figée : pourquoi le cinéma reste le septième

Les 7 arts désignent une classification culturelle courante qui place le cinéma en dernière position. Elle fournit un repère simple pour distinguer plusieurs formes de création, mais ne relève ni d’une loi ni d’un classement officiel et immuable. Son intérêt est de montrer comment les sociétés ont cherché à organiser, comparer et reconnaître les pratiques artistiques.

La liste traditionnelle des 7 arts, dans l’ordre

Dans sa version la plus répandue, la liste des sept arts rassemble l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la littérature, les arts de la scène et le cinéma. Les appellations varient parfois. Certains parlent de poésie plutôt que de littérature, d’arts visuels plutôt que de peinture, ou distinguent le théâtre et la danse. Ces différences n’empêchent pas de retenir l’ordre traditionnel.

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  1. L’architecture organise l’espace à travers les volumes, les matériaux, la lumière et les usages d’un bâtiment.
  2. La sculpture crée des formes en trois dimensions par le modelage, la taille, l’assemblage ou l’installation.
  3. La peinture compose des images sur une surface grâce à la couleur, au trait, à la matière et à la perspective.
  4. La musique travaille le son, le rythme, le silence, les timbres et la durée.
  5. La littérature emploie le langage écrit ou oral. La poésie y occupe une place centrale dans plusieurs classements.
  6. Les arts de la scène réunissent notamment le théâtre, la danse, l’opéra, le cirque et la performance.
  7. Le cinéma associe images animées, son, montage, jeu d’acteur et narration.

Pour mémoriser cette succession, on peut suivre une progression des arts les plus liés à l’espace vers ceux qui se déploient davantage dans le temps : construire, façonner, représenter, faire entendre, raconter, interpréter, puis enregistrer et monter le mouvement. Cette logique facilite la mémorisation sans prétendre résumer toute l’histoire de l’art.

Un tableau pour distinguer les arts majeurs

Art Médium principal Ce qu’il met en jeu
Architecture Espace, structure, matériaux Volumes, circulation, fonction et environnement
Sculpture Matière et volume Corps, formes, relief et présence physique
Peinture Surface, couleur, dessin Image fixe, composition et regard
Musique Sons et silences Rythme, émotion, durée et écoute
Littérature Mots et langage Récit, pensée, style et imaginaire
Arts de la scène Corps, voix, espace scénique Interprétation, présence et relation au public
Cinéma Image animée et bande-son Mouvement, montage, récit et expérience collective

Manifeste des Sept Arts de Ricciotto Canudo (1923) — Découvrez le texte fondateur où Ricciotto Canudo expose sa théorie des sept arts et sa vision esthétique du cinéma.

Ce tableau explique pourquoi la peinture peut être appelée le troisième art tout en appartenant aux arts visuels. Le premier terme indique une place dans une liste populaire ; le second désigne une famille plus large, qui peut aussi inclure la photographie, le dessin, la vidéo ou certaines installations. De même, littérature et poésie ne sont pas forcément deux arts concurrents. La poésie est une forme littéraire, même si certaines théories lui accordent une place distincte.

Avant les sept arts : des classifications qui changeaient selon les époques

Classer les arts est une pratique ancienne. Dans la Grèce antique, les neuf Muses inspirent différentes activités intellectuelles et artistiques, sans correspondre exactement à notre liste actuelle. L’idée moderne des beaux-arts n’existe pas encore sous cette forme : une même notion peut alors englober le savoir-faire, la technique et la création.

Du Moyen Âge aux beaux-arts

Au Moyen Âge, la séparation essentielle oppose les arts libéraux aux arts mécaniques. Les premiers concernent l’étude intellectuelle. Le trivium rassemble la grammaire, la rhétorique et la dialectique, tandis que le quadrivium comprend l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie et la musique. Les métiers manuels et les activités de fabrication sont souvent classés à part. Cette hiérarchie explique pourquoi certaines pratiques aujourd’hui reconnues comme artistiques ont longtemps été considérées avant tout comme des techniques.

À partir de la Renaissance, puis au XVIIIe siècle, la notion de beaux-arts se précise. Charles Batteux cherche à rapprocher plusieurs disciplines autour d’un principe commun d’imitation de la nature. Emmanuel Kant distingue ensuite les arts de l’image, les arts de la parole et le beau jeu des sensations. Ces systèmes ne donnent pas la liste des sept arts telle qu’on la récite aujourd’hui. Ils montrent surtout que chaque époque élabore ses propres critères.

Hegel n’énumère que cinq arts

Le système de Hegel retient cinq arts : l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique et la poésie. Il les organise selon la relation entre matérialité et expression spirituelle. Cette liste compte dans l’histoire de l’esthétique, mais elle ne doit pas être confondue avec la classification populaire des sept arts. Le théâtre, la danse et le cinéma en sont absents, notamment parce que les conditions techniques et culturelles de leur reconnaissance diffèrent.

Pourquoi le cinéma est appelé le septième art

L’expression septième art est associée à Ricciotto Canudo, un théoricien qui, au début du XXe siècle, défend la légitimité artistique du cinéma. À une époque où le film peut encore être perçu comme une attraction technique ou un divertissement populaire, il affirme que le cinéma possède un langage propre et mérite une place parmi les grandes formes de création.

Le cinéma ne se résume pas à une addition d’arts antérieurs. Il reprend le cadrage et la lumière associés à la peinture, le volume des décors lié à l’architecture, le jeu du corps venu de la scène, ainsi que la musique, les dialogues et l’écriture narrative. Le montage transforme ces éléments : il crée un rythme, rapproche des plans et organise le temps du spectateur. Cette capacité de synthèse nourrit l’idée d’un art total.

Le rôle de la nappe sonore est souvent moins visible, mais il compte dans la construction d’une scène. Bruits d’ambiance, voix lointaines, musique et silences donnent une profondeur qui dépasse le cadre visible. Dans une scène de rue, le son peut faire exister une voiture hors champ, suggérer une foule derrière une porte ou annoncer un danger avant qu’il apparaisse à l’image. Le spectateur ne reçoit donc pas seulement une image : il reconstitue un espace à partir d’indices visuels et acoustiques.

Huitième, neuvième et dixième art : des appellations discutées

Après le cinéma, les dénominations deviennent moins stables. Le huitième art est parfois associé aux arts médiatiques, comme la télévision, la radio ou la photographie, selon les auteurs et les périodes. Le neuvième art désigne très couramment la bande dessinée, en raison de son association entre séquence d’images, texte, découpage et narration. Cette formule est bien installée dans l’usage culturel, sans provenir d’une autorité unique.

Les jeux vidéo, les installations interactives et les arts numériques sont parfois présentés comme un dixième art. Ils posent une question différente : faut-il classer une pratique selon son support technique, son langage artistique ou la place active du public ? Un jeu vidéo peut associer musique, décors, écriture, animation, performance et choix du joueur. Une œuvre numérique peut évoluer en temps réel. Ces formes brouillent les frontières au lieu de s’insérer facilement dans une numérotation fixe.

La classification des 7 arts fonctionne donc mieux comme une carte culturelle que comme une hiérarchie définitive. Elle aide à identifier des médiums et à situer le cinéma dans l’histoire des arts, tout en laissant une place aux pratiques hybrides, aux innovations techniques et aux créations qui ne tiennent pas dans une seule catégorie.